Articles tirés de Première

Premiere, décembre 1995

Le Jones et le noir

Mort d'un lieu commun : quand on avait quelque chose à dire sur
Tommy Lee Jones, c'était en général : " Quel putain de talent ! Mais condamné aux seconds rôles brillants. " Oubliez ça. TLJ est en effet annoncé dans l'un des deux rôles principaux de Men in Black, un film que va produire Steven Spielberg d'après une BD américaine et que réalisera Barry Sonnenfeld, qui fait actuellement un malheur au box-office américain avec Get Shorty. Ces " hommes en noir " sont deux flics ultracools qui poursuivent des extraterrestres turbulents en visite sur la Terre. Will Smith (dernièrement l'un des deux Bad Boys) et Vincent D'Onofrio, qui faisait une imitation sidérante d'Orson Welles jeune dans Ed Wood, seront ses partenaires.
Pendant ce temps, le producteur Arnold Kopelson développe deux suites au
Fugitif, l'une centrée sur Harrison Ford, alias docteur Kimble, l'autre sur le personnage qui valut à TLJ son oscar (Marshall Gerard).
Et pour finir, c'est en temps que réalisateur que Tommy Lee s'intéresse à la vie de Joe Don Looney, fameux joueur de football américain des années 60 . Star de l'équipe universitaire d'Oklahoma, Looney avait un sérieux problème d'autorité qui l'empêcha d'avoir la carrière professionnelle que son talent semblait lui promettre. Tommy Lee Jones qui a déjà réalisé un téléfilm, " The Good Old Boys ", a été attiré par ce personnage qui est né comme lui au Texas et a été admis à l'université grâce à ses talents sportifs. Jones envisage également de jouer le rôle du père du héros.



Première, août 1995

Héros du mois

"Il m'est parfois difficile, voire pénible,
de rester poli."
Tommy Lee Jones.Acteur double face


Cow-boy et athlète intello, Tommy Lee Jones est une personnalité difficile à cerner. Et il n'a pas l'intention de vous faciliter la tâche. "Je suis acteur, pas psychanalyste", lâche t-il sans la moindre agressivité.
A 48 ans, avec son mètre quatre-vingt-trois et ses quatre-vingt-quatre kilos, ce Texan est réputé pour son caractère peu accomodant; il n'aime pas perdre son temps et ne se laisse pas facilement séduire: "Acteur, c'est comme avocat ou médecin, les heures peuvent être longues. Il m'est parfois difficile, voire pénible, de rester poli." Pour parler clairement, la qualité de ses réponses se mérite. En attendant, il se montre volontiers moqueur: "Vous trouvez que je n'ai pas le genre hollywoodien? C'est quoi, le genre hollywoodien? Superficiel? Ah!, les clichés ont parfois la vie dure!" Mais pour se faire pardonner...tiens, il vous offre un Tic-Tac. La glace est brisée, il accepte même de faire en votre compagnie un petit brin d'autobiographie.
Né le 15 septembre 1946 à San Saba (Texas), fils d'un ouvrier pétrolier et de la première femme policier de la région, Tommy Lee vit avec sa deuxième femme, Kimberlea, et leurs deux enfants, Austin, 13 ans, et Victoria, 4 ans, dans son ranch de San Antonio, où il se dit "heureux comme un cochon".
Après Harvard, où il étudie les lettres et le football (il a été l'ailier droit du Harvard Varsity Club de Cambridge de 66 à 68), il fait ses débuts à New York, au théâtre et surtout à la télévision où, en 69, il crée son premier mémorable méchant: un docteur fou dangereux dans le feuilleton "One life to live", sur ABC. "Mes factures s'accumulaient, je prenais donc ce qu'on m'offrait. C'est le critère de sélection le plus sain de tout acteur. Vous êtes acteur et vous avez besoin de bosser, c'est tout."

En 70, il fait une apparition aux côtés de Ryan O'Neal dans
Love Story. En 75, il part pour Los Angelès. Il décroche son premier grand rôle avec la Prison du viol, mais ne fera sa véritable percée qu'en 78, dans Les Yeux de Laura Mars. A partir de 82, où il reçoit un Emmy Award pour son rôle télévisé dans Le Chant du bourreau, il enchaîne les succès: JFK (nominé aux oscars), Piège en haute mer, Entre ciel et terre, Le Fugitif, Tueurs-nés, Le Client, sans compter le théâtre et la télévision. La vie est dorénavant tellement belle pour Tommy Lee qu'il vient même de passer à la réalisation, pour la télé, avecThe Good Old Boys, "un gentil petit film dont je suis très fier".
Roi des à l'écran mais ardent défenseur des causes les plus progressistes dans la vie, Tommy Lee Jones sort définitivement de sa réserve pour évoquer l'inquiétante vague de puritanisme qui s'abat ces derniers temps sur Hollywood. "Le gouvernement devrait éviter de se mêler de culture populaire. Certains politiciens flirtent avec l'idée de contrôler les oeuvres artistiques. Légalement, un réalisateur a le droit de faire le cinéma qu'il veut et le public a le droit de ne pas aller voir ses films. Mais la tentation d'imposer une seconde ère maccarthyste est clairement exprimée. J'espère que cela n'arrivera pas."
Je n'avais jamais joué de personnage de bande dessinée, raconte-t-il en évoquant le farceur tendance méchant qu'il incarne dans
Batman Forever. Mais hormis les quatre heures de maquillage quotidien et l'inconfort dû à ce genre de look, Double-Face est beaucoup plus facile à jouer qu'un personnage réel tel que Cobb [dans le film homonyme]. Je travaille avec ma tête plutôt qu'à l'intuition. Je crois que la réflexion compte plus que tout. Ce que vous appelez l'instinct, c'est ce qui fait que les oiseaux émigrent vers le sud. Mais il faut beaucoup de temps, de répétitions et d'efforts pour arriver à la spontanéité. J'ai travaillé toute ma vie mais j'ai toujours vécu au jour le jour. Les jours sont devenus des mois, puis des années." Il secoue désespérément sa boîte de Tic-Tac vide.

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